L’Heure d’après



Quand on lit un récit, une nouvelle, un livre de Denis Tellier il faut s’attendre à des émotions, des sentiments très forts . J’ai lu plusieurs fois « L’heure d’après » « Quand les coyotes aboient » « Betty » .

L’écriture de Denis est puissante, parlante, bavarde, il jette son cœur dans toutes choses. Dans « L’heure d’après » il nous transporte de la destruction de Berlin après guerre, racontée par un jeune soldat du 3 ème Reich, à un compagnon de route, un chien à qui il confie les horreurs de la guerre, à laquelle il a participé. Denis nous entraîne entre la nostalgie d’avant avec de très beaux passages. Il décrit la beauté d’un lilas « avec de tels densités de grenat » elles sont là dans la tête du soldat . « Fragiles et inoubliables ». Du marchand « au chapeau d’un bidule meringuée » qui fabrique des sucettes géantes à la cannelle .

Mélange du temps passé ou il jouait du piano avec une camarade juive et un Berlin anéanti.

Il s’est senti obligé de faire cette guerre, des « bouts de film déchirants » éclatent dans sa tête.

Denis le fait parler de sa servitude au 3 ème Reich. « Il se sent trahi par ces dirigeants enragés comme des bêtes ». Il a suivi et il se sent coupable d’avoir accepté l’asservissement à ces bêtes féroces et rajoute « sauf que les bêtes ont des poils, on peut les caresser ».

Un autre passage m’a marqué : « je partageais mes émotions avec les marionnettes de mes doigts… enveloppées dans des chiffons contre le froid ».

Le récit est effrayant et beau à la fois. C’est ce qui fait de l’écriture de Denis un véritable exploit de force et de beauté.

Joséphine Colombier


Denis Tellier, c’est un musicien qui s’adonne à l’écrit comme à une improvisation. Et ce qui me touche, c’est son élégance, sa manière de se dissimuler au lecteur pour qu’il fasse lui aussi un bout du chemin. C’est son aptitude à suggérer une profondeur dans le détail comme à percer les silences d’un monologue intérieur, sa finesse dans la magie du réel où frissonnent les destins au gré d’un phrasé qui palpite. On vit la rudesse des souffrances. On entend la rumeur et les murmures. En quelques mots, ça existe, avec une vraie fulgurance.
C’est bouleversant de pertinence et de précision. C’est absolument brillant et hypnotique. C’est puissant. C’est d’une sagesse brute. Ça fait peur et pleurer. Ça émerveille et ça désole. C’est éblouissant de justesse, de tendresse, d’humanité, de désespoir aussi. Denis Tellier, c’est un style, une langue, une atmosphère, un souffle.

De la littérature.

Marie Driot


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