Trilogie

Une trilogie de Janine Martin-Sacriste.


« Les petits cailloux », retour de lecture de Pierre Perrin

Emprunté à Jacques Tati, l’exergue donne le ton : « La vie, c’est très drôle, si on prend le temps de la regarder ». Le récit est conduit à la façon de Poil de Carotte. Janine Martin-Sacriste procède par une série de courtes séquences, parfois en zigzag. Elle part d’un mort, puis de deux, en trois jours, pour bien commencer à parler de sa mère née sur ces entrefaites, en 1913. Sa mère comme la mienne est privée d’école dès qu’elle arrive en âge de travailler. Elle peut se marier à vingt-trois ans, à Cognac, non sans établir un contrat. « Venir de la campagne n’est pas toujours un handicap. »Le style est vif. L’art de la chute rayonne à la fin de chacune de ces séquences. La misère venue, la mère choisit d’abattre le chien d’un coup de fusil. « Le chien qui n’avait déjà plus de nom est mort devant son écuelle vide. » Les rumeurs, les désirs enfantins, tout se presse. Un agneau blanc, le corset rose, les médecines de mère, l’employé des assurances sur « son noir destrier », un vélo Solex, ce dernier a « modelé sa perception du beau ». Le père hélas, seul complice, meurt quand elle a dix ans. « Mon père, mon rempart. J’ai oublié ta voix, pas ton odeur ». Le portrait de Tonton Taxi : « Long comme une asperge, pâle comme une endive, des cheveux carotte au sel et des yeux comme des petits pois, bien vifs, derrière les lunettes cerclées de fer, posées sur le bout de son nez. » Le récit s’achève sur cette désolation : « Maman ! J’aurais pu t’aimer si tu avais osé la vérité, j’aurais pu te consoler et nous aurions vécu tous ces deuils, enlacées l’une à l’autre ». Jacqueline Fischer signe la quatrième de couverture. Nine, c’est le nom de la narratrice qui est aussi l’auteur de ce roman autobiographique, « fait mouche à chaque ligne, tire droit au cœur. Rouge est le fil de ce texte : une âme sautille de scène en scène dans la clarté singulière d’un regard et la justesse d’une écriture limpide ».


« Plus loin que l’à-mère », retour de lecture d’Henri-Pierre Rodriguez

Il est des enfers desquels on ne revient pas, certes on peut en sortir, mais à quel prix, leurs brûlures glacées vous tenaillent à jamais sous la fausse cautérisation du non-exprimé, du non-entendu.

On ne tombe pas dans ces enfers-là, on y est plongés dès même avant que la conscience vous en livre leurs froides lueurs.

Puis tout est affaire de lutte sans combats, de fausse passivité car on ne peut réagir contre ce que la vie impose aux sans-défense et n’ont, pour refuge, que l’obstination de leur vie intérieure malgré la violence des enfances volées à grand coups de viols psychiques et physiques.

Le vécu de Nine m’a fait penser à la Justine de Sade, mais en bien plus bouleversant car son calvaire émaillé de chutes sans rédemption n’est habillé ni de baroque, ni d’exceptionnel pas plus que de fiction. Son itinéraire est d’épines vraies.

Le malheur de Nine est cru et sans recours, Fulbert « passe » comme un ange incapable d’apporter la rédemption et, Marie, la mère incompréhensible est cadenassée dans son inaptitude au bonheur, à la vie. Les autres ne sont que des comparses qui vivent leurs misérables petits désirs avec l’arrogance impunie des forts sur les faibles.

Mais, de ce sordide compost, naît à défaut de rédemption une renaissance, fruit d’intelligence aigüe et de lumineuse pulsion de vie couvée dans l’ombre du malheur transgressé.

Ainsi, au creuset de l’alambic ou mute le noir en braise est né un écrivain.


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